Chaque jour, neuf Belges achètent une résidence en Espagne

Raphaël Meulders et C.M. Publié le mardi 04 août 2015 à 20h29 – Mis à jour le mercredi 05 août 2015 à 07h46

Actualité
« On achètera tous à Torremolinos », pourrait désormais chanter le groupe Sttellla. D’après les notaires espagnols, les Belges restent parmi les étrangers les plus actifs sur le marché immobilier du pays : 820 résidences ont été vendues à des Belges sur le premier trimestre 2015, soit neuf par jour. En Espagne, près d’une transaction immobilière sur cent est belge.
Ce chiffre est en hausse (+8 %) par rapport au 1er trimestre de l’année précédente. Les Belges repassent ainsi en quatrième position des étrangers les plus friands de brique espagnole, derrière les Anglais, les Français et les Allemands. Les acheteurs belges supplantent les Russes, minés par la faiblesse du rouble, qui disparaissent du top 5.
L’Espagne voit la fin de la crise
A noter qu’en tenant compte de la densité de population, la Belgique est largement en tête de ce classement. Pourtant les prix (voir par ailleurs) sont repartis à la hausse en Espagne. Dès le milieu de l’année 2014, le pays a mis fin à l’une des plus importantes crises immobilière de son histoire. Côté espagnol, on a fait ses comptes : l’explosion de la bulle immobilière s’est soldée par une chute des prix de près de 35 % par rapport au pic de 2007. Si cette crise a ramené les étrangers vers les côtes ibériques, elle a aussi eu des conséquences dramatiques pour la population locale.
Record d’achats étrangers
L’Espagne voit-elle le bout du tunnel ? Les notaires restent prudents : ils misent désormais sur une « stabilisation progressive » du marché dans les prochaines années. Toujours est-il que cette fin annoncée des (très) bonnes affaires a vu un rush des candidats acquéreurs étrangers ces derniers mois. En 2014, jamais autant d’étrangers n’ont acheté dans le pays. Plus de 13 % des achats ont ainsi été réalisés par des non Espagnols.
Dans certaines régions, comme les îles Baléares (Majorque, Ibiza…), Malaga ou Gérone, une transaction sur trois s’est réalisée au profit d’étrangers. Un achat sur dix était ainsi allemand dans les Baléares l’année dernière. Mais le record a été atteint dans la province d’Alicante (Costa Blanca), où cette proportion d’achat non espagnol a atteint 44 % des ventes totales… Alicante, où les Belges, avant tout à la recherche de soleil et de mer, sont omniprésents, tout comme à la Costa del Sol, à la Costa Brava, mais aussi sur les îles Canaries. Notons enfin que, d’après le rapport des notaires, le Belge est l’étranger qui achète le plus souvent neuf (un bien acheté sur deux, contre un sur quatre pour les Français). Il achète aussi relativement grand. Un bien immobilier « belge » sur trois fait ainsi plus de 100 m2 en Espagne. C’est plus spacieux que ce qu’achète un Italien, mais moins grand que ce que convoite un… Néerlandais. De quoi tordre le cou à certains clichés.

Pas de concurrence déloyale par rapport à la Côte belge

Les Belges sont donc de grands consommateurs de côtes espagnoles (voir ci-dessus). Au point d’avoir suscité des vocations… professionnelles, ouverture d’agences immobilières spécialisées à la clé, en Belgique (c’est le cas d’Azull, située à Herentals, qui couvre trois « Costa » du sud-est espagnol, Blanca, Calida et del Sol) ou, en Espagne, par des Belges (comme l’a fait José Gonzales Dominguez, Carolorégien jusqu’il y a douze ans, revenu sur les terres de son père, du côté de Manilva). Leur succès est tel qu’il se raconte que les agents immobiliers de la Côte belge commencent à leur en tenir rigueur.
1. Si concurrence il y a, c’est avec la France. « La Côte belge ne doit pas craindre la concurrence du marché immobilier espagnol » , indique Marleen De Vijt, CEO de l’agence Azull. Selon un sondage réalisé auprès de 420 de ses clients belges ayant récemment investis dans l’immobilier espagnol « 91 % ne l’ont pas fait au détriment d’un logement à la Côte belge. Ils n’ont pas choisi l’un à la place de l’autre » , assure-t-elle. « S’ils hésitent, c’est plutôt entre la France et l’Espagne, voire entre l’Italie et l’Espagne. » Ce qui n’empêche pas certains de cumuler les plaisirs avec un point de chute sur la Côte belge et un autre en Espagne (17 % des personnes interrogées).
2. Le prix attractif n’est qu’une raison parmi d’autres. « La première raison d’un achat en Espagne, c’est la météo » (83 % des sondés), poursuit Marleen De Vijt. Viennent ensuite les possibilités de détente (63 %) et une meilleure qualité de vie (42 %). Puis seulement le prix (34 %). « Il faut ajouter un sentiment de sécurité, des infrastructures plus que correctes, des tarifs aériens low-cost… » , complète José Gonzales Dominguez. Ce qui ne veut pas dire que le prix n’est plus attractif. « Mais il l’est moins qu’avant. L’offre a diminué, est mieux gérée. Depuis six mois, le marché est reparti à la hausse » , précise-t-il. « Le temps des bonnes affaires est quasiment révolu » , renchérit Marleen De Vijt. L’un et l’autre pointent des augmentations moyennes de 20 à 30 % depuis 2013. Un appartement 2 chambres avec garage, situé à courte distance de la mer, qui se vendait, il y a deux ans, ici 100 000 euros, là 170 000 euros, est aujourd’hui commercialisé à 130 000 et entre 200 000 et 220 000 euros. Sur certains biens, cela peut monter jusqu’à 50 % de plus-value, selon la localisation (vue sur mer), la qualité du bien et… la nationalité de l’acquéreur (un Français a pour réputation de négocier plus âprement qu’un Belge).
3. Priorité aux biens neufs. La principale particularité de la clientèle belge est qu’elle s’approvisionne davantage que les Britanniques, Français, Néerlandais… sur le marché primaire (biens neufs, soumis à la TVA); sans néanmoins dénigrer le marché secondaire (biens de seconde main, soumis aux droits d’enregistrement). Soit un rapport de quasiment 50/50, alors que les Français se fournissent à 75 % sur le second marché. « C’est une réalité statistique et c’est peut-être le cas, reconnaît José Gonzales Dominguez. Mais les données peuvent être trompeuses. Il faut savoir, par exemple, que les banques qui revendent les portefeuilles neufs des promoteurs faillis appliquent non une TVA mais des droits d’enregistrement. Je dirais d’ailleurs que le gros de l’offre, en Espagne, est neuf ou quasi neuf. » « A 95 %, nos clients achètent un bien neuf » , ajoute Marleen De Vijt. Notamment parce que le style leur convient mieux : lignes pures, façades blanches, grandes fenêtres… 74 % de ses clients exigent ce style contre 17 % une habitation espagnole traditionnelle. Quant au type de logement, il s’agit surtout d’appartements (50 % des acquisitions récentes) et de villas (29 %).
4. Le public-cible n’a pas fondamentalement changé. La chute féroce des prix entre 2008 et 2013 aurait pu voir débouler sur le marché espagnol un public de spéculateurs, voire, tout simplement, un public plus jeune. Si l’agence Azull note l’intérêt de « quelques jeunes cadres dynamiques » , ce n’est pas tant pour eux qu’ils achètent que pour leurs parents, « évitant ainsi des droits de succession » . Sans modifier « l’âge moyen qui reste supérieur à 45 ans » . « Le client belge type est un couple de 40 à 50 ans, ajoute José Gonzales Dominguez, qui a atteint une certaine stabilité économique, dont la résidence principale est quasiment payée et qui la réhypothèque à taux fixe pour pouvoir payer une partie du prix de sa nouvelle acquisition. Le reste est payé en cash. » Quant aux spéculateurs, s’il y en a eu beaucoup sur ce marché, ce fut rarement des particuliers, Belges ou non, mais des sociétés ou fonds d’investissements.
Article écrit et publié par « La Libre »